« La ‘carte urgence toilettes’ : un passeport essentiel pour retrouver une vie sociale. »

Xavier Donnet, atteint de la maladie de Crohn et vice-président de l’Association Crohn-RCUH, a probablement développé une forme affaiblie du Covid-19 tout au début de l’épidémie. Aujourd’hui, il est en forme, mais lance un appel aux magasins et restaurants : « facilitez-nous le déconfinement en nous autorisant à utiliser vos toilettes ».

Comment les patients MICI ont-ils vécu cette crise épidémique ?

« Dès le 14 mars, l’Association Crohn-RCUH a reçu quantité de coups de fil, e-mails et demandes via Facebook. Les gens étaient paniqués. J’étais moi-même très inquiet. Le 6 mars, j’avais assisté à une conférence de la Belgian Week of Gastroenterology. Les médecins craignaient une hécatombe parmi les patients MICI, considérés comme personnes à risque vu leur immunité plus faible que celle de la population en général.

Cependant, les statistiques du mois de mai ont montré que nous n’étions pas plus malades que les autres. L’IOBID (International Organization For the Study of Inflammatory Bowel Disease) a recensé toutes les données des gastroentérologues qui recevaient des malades atteints par le Covid-19 : le nombre de décès, de cas graves ou légers chez les patients MICI n’était pas plus élevé. Et les médecins insistent sur le fait que, comme le montrent les chiffres recueillis, la charge virale est bien moins importante chez les patients MICI. »

 

Comment expliquer ces chiffres plutôt rassurants ?

« Plusieurs facteurs entrent sûrement en jeu. Je pense que les patients MICI, habitués à suivre des règles d’hygiène très strictes, ont particulièrement bien respecté les mesures de distance physique, le lavage des mains, ainsi que le confinement. D’autre part, le vaccin contre la grippe leur est fortement recommandé – ils bénéficient d’office d’un tarif préférentiel. Il est possible que ce vaccin ait contribué à diminuer l’agressivité potentielle du Covid-19. »

 

Maintenant que les magasins ont rouvert leurs portes ainsi que l’HORECA depuis le 8 juin, comment se passe le déconfinement pour les patients MICI ?

« Rappelons tout d’abord que les MICI sont des maladies qui s’attaquent aux intestins et provoquent des inflammations. Nous avons donc souvent un besoin urgent d’aller aux toilettes. L’Association Crohn-RCUH délivre d’ailleurs une ‘carte urgence toilettes’ aux patients qui lui remettent une attestation avec cachet et signature de leur médecin. Cette carte personnelle – avec photo pour éviter les fraudes – leur permet d’avoir un accès prioritaire aux WC.

 

Or, une fois qu’ils ont pu enfin sortir de chez eux, les patients MICI ont constaté avec effroi qu’ils ne pouvaient plus aller aux toilettes nulle part, même sur présentation de cette carte. Les établissements prétendaient que les WC n’étaient pas des zones sécurisées. J’ai bien conscience que les lieux doivent être désinfectés – poignée de porte, planche, lunette, chasse d’eau, robinet du lave-mains – mais sachez deux choses : premièrement, les MICI ne sont absolument pas contagieuses. Et deuxièmement, les patients atteints de ces maladies ne sont pas si nombreux, il n’y en aura peut-être qu’un seul par jour qui demandera un accès urgent aux toilettes.

Mon message aux magasins, coiffeurs, supermarchés, bureaux, restaurants… est donc le suivant : accordez-nous cet accès prioritaire. Nettoyer les WC après notre passage n’engendrera pas une charge de travail insurmontable et surtout, vous nous permettrez à nous aussi de retrouver une vie sociale, dont nous avons comme tout le monde grandement besoin. »

Vous pouvez lire ici d’autres témoignages relatifs à la Carte Urgence Toilettes et à l’influence de la diarrhée chronique sur votre vie sociale.

 

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Muriel est notre reporter de Takeda